La musique du Moyen-Age

CONTENU DE L’ARTICLE

Dans ce long article construit sous forme de questions-réponses, vous apprendrez les différents genres de musique au Moyen-Âge, les compositeurs et morceaux connus, les inventions marquantes de l’époque comme la polyphonie ou la notation rythmique, ainsi que les incertitudes qu’on affronte encore aujourd’hui face à cette période de l’histoire. Le tout dans un ordre chronologique.

Pour m’avoir fourni toutes ces informations, je tiens à remercier M. Arnaud Chevalley, professeur d’Histoire de la musique à la Haute Ecole de Musique de Lausanne.

Bonne lecture!

Table des matières

Bref contexte général

Débuts de la musique médiévale et notation

Modes écclésiastiques et solmisation d’Arezzo

Les Troubadours

Polyphonie, Ecole de Notre-Dame et Modes rythmiques

Ars antiqua et Ars nova

Trecento

Ars subtilior

Bref contexte général

Quelles sont les dates du Moyen-Âge?

Le Moyen-Âge s’étend sur plus de mille ans, de 476 à 1492 après J.C.

  • Du point de vue historique, on prend traditionnellement la fin de l’Empire Romain d’Occident (en 476) comme année initiale, et la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (en 1492) comme date de fin.
  • Du point de vue musical, il est difficile de fixer des dates précises, car nous ne disposons que de très peu de sources musicales fiables de l’époque, telles des partitions, manuscrits, ou peintures. Pour cet article, l’année 1420 a été choisie comme date de fin du Moyen-Âge, car il s’agit d’une période marquant un changement d’époque important, l’arrivée de la Renaissance.

Remarque: Un article sur la musique à la Renaissance sera prochainement publié.

Pourquoi étudier l’histoire de la musique à partir du Moyen-Âge?

  • Deux éléments musicaux majeurs sont apparus à cette époque de l’histoire: la polyphonie et la notation musicale.
  • Le manque de sources fiables (telles des partitions ou mentions écrites) rend la reconstitution de la musique pré-médiévale très hypothétique.

Comment définir la musique médiévale?

Initialement, la musique était très différente de celle qu’on connaît aujourd’hui. Au Moyen-Âge, on distinguait deux caractéristiques fondamentales.

  • La musique était très attachée à la religion, impliquant que le terme de compositeur/parolier n’existait pas encore. En effet, il s’agissait de musique sacrée, Dieu devait être mis en avant et non le compositeur (cet article parlera également de la musique profane).
  • La musique était une discipline philosophique et mathématique. En effet, le philosophe grec Pythagore estimait que la musique n’était qu’une science de proportions harmonieuses.

Qu’est-ce que la musica ficta?

La musica ficta, opposée à la musica recta, symbolise les incohérences et hypothèses sur les mélodies dont les partitions ne sont qu’approximatives. Pour montrer cette supposition, certaines retranscriptions modernes montrent des altérations au-dessus des notes, comme dans la voix supérieure dans l’exemple suivant.

Retranscription moderne de Quant en Moy de Guillaume de Machaut

Ainsi, une altération ne sera pas toujours présente sur la partition originale, mais sera néanmoins chantée, par respect de certaines règles stylistiques.

Genres musicaux et notation musicale du Moyen-Âge

Qu’est-ce que le chant grégorien?

En bref: le chant grégorien est une musique sacrée, orignairement monodique, chantée par l’empire carolingien.

En détail: Charlemagne, le roi franc ayant vécu de 742 à 814, devient empereur en 800. Il décide d’uniformiser les chants sacrés à l’intérieur de son empire, cependant de nombreuses pratiques liturgiques différentes étaient présentes en Europe. Il ordonna néanmoins à des chantres de la ville de Metz (France) de créer un répertoire musical, qu’on estime à plus de 2000 chansons.

Ces hommes d’église ont eu une grande importance dans l’histoire, car ils ont un lien direct avec les neumes (voir chapitre suivant), premières formes d’écriture musicale.

Cliquer ici pour écouter un exemple de chant grégorien

Comme vous avez pu l’entendre, le chant grégorien est en latin, monodique (une seule mélodie), avec comme but de mettre en musique des textes sacrés. Encore aujourd’hui, nous ne connaissons pas exactement le rythme employé lors des différentes chansons. On ne sait également pas si le chant grégorien était assisté de l’orgue ou s’il était a cappella.

Quelle est l’origine du terme « chant grégorien »?

Ce terme dérive de la légende de Grégoire le Grand. En se tenant à cette légende, le pape Grégoire serait l’inventeur de la Schola grégorienne, un choeur liturgique pratiquant les chants grégoriens.

Cependant, il y a une grande incohérence au niveau de la datation: le pape à vécu au VIème siècle, Charlemagne a régné au début du IXème. Ainsi, pour être historiquement corrects, nous devrions parler de chant franco-romain.

Que sont les neumes?

Les neumes représentent le premier système de notation musicale ayant duré dans le temps, mis en place par les moines de l’empire carolengien vers les années 800 après J.C.

Rappelez-vous, les chantres de Metz ont dû créer un vaste répertoire de chansons sacrées sous l’ordre de Charlemagne. Estimé à 2000 chansons, tous les autres moines de l’empire ont probablement eu des difficultés à retenir toutes ces nouvelles mélodies. De nombreuses formes de neumes se sont alors développées. Voici un exemple datant de 925.

Exemple de neume datant de 925 (Saint-Gall)

Les paroles sont chantées, avec les traits au-dessus décrivant le motif général de la mélodie. Pour ce qui est du rythme, il n’en est rien.

En somme, bien que ce système de notation musicale ait le mérite d’avoir perduré dans le temps, il est très imprécis mélodiquement et rythmiquement.

Ces grandes imprécisions nous font supposer qu’il s’agisse réellement d’un système de mémorisation de mélodies déjà connues, plutôt que d’un système complet de notation comme les partitions actuelles.

Comment la notation musicale a-t-elle évolué au cours du Moyen-Âge?

Il faut remarquer trois étapes fondamentales.

  • Au IXème siècle, les neumes sont apparus (exemple ci-dessus). La hauteur des notes est très vague et imprécise, le rythme n’est pas écrit.
  • Au XIème siècle, la hauteur des notes s’est précisée avec l’arrivée des lignes. Initialement une, augmentant jusqu’à six, mais se stabilisant finalement à 4 (aujourd’hui, nous sommes à cinq).
  • Au XIIIème siècle, la notation du rythme est implémentée
Exemple de notation sur deux lignes (ici, rouges et jaunes) datant du XIIème siècle

Remarquez que les lignes jaunes se sont légèrement effacées avec le temps. Les deux lignes de l’exemple ci-dessus indiquent les demi-tons si-do et mi-fa.

Exemple de notation à cinq lignes, datant des années 1380 à Paris/Reims

Remarquez que ce système se rapproche de celui actuel, avec notamment la forme de certaines notes, ressemblant à des noires traditionnelles, ainsi qu’au nombre de lignes.

Modes écclésiastiques et solmisation d’Arezzo

Que sont les modes écclésiastiques?

Les modes écclésiastiques représentent des suites pré-définies de notes, ces dernières ayant des importances différentes. Au nombre total de 8, les modes sont apparus au IXème siècle.

A l’intérieur des modes on distingue deux notes en particulier: une note finale (en latin, finalis), et une teneur (en latin, tenor). La finale est, comme son nom l’indique, la note finale d’un passage musical. Le teneur est une note tenue sur laquelle on récite les psaumes.

Quels sont les modes écclésiastiques et comment les différencier?

Numéro du modeNom du modeFinaleTeneurAmbitus
IProtus authenteReLaRe – Re
IIProtus plagalReFaLa – La
IIIDeuterus authenteMiDoMi – Mi
IVDeuterus plagalMiLaSi – Si
VTritus authenteFaDoFa – Fa
VITritus plagalFaLaDo – Do
VIITetrardus authenteSolReSol – Sol
VIIITetrardus plagalSolDoRe – Re

Remarque: mis à part le si bémol, aucun dièse ou bémol n’existait à l’époque. Ainsi, pour bien entendre les différentes sonorités de ces modes, essayez de les jouer sur un piano, en jouant que les notes blanches.

Comme dans l’exemple ci-dessus, la différence principale entre un mode authente et le même mode plagal est la suivante: l’authente s’étend vers le haut, le plagal vers le bas, toujours en référencement à la note finale. La teneur change également.

Remarque: la clé de sol n’existait pas encore à cette époque, elle a cependant été utilisée ici par facilité de compréhension.

Quelle est l’origine du nom des notes do-re-mi-fa-sol-la-si?

Les notes étaient initialement nommées avec des lettres: A – B – C – D – E – F – G. Ce système basé sur des traités théoriques grecs s’appelait le gamut.

Remarque : aujourd’hui, on l’appelle notation anglo-saxonne ou américaine car elle y est toujours employée. On utilise également ce système en Allemagne, avec une petite différence : H = si naturel, B = si bémol.

Le moine italien Guido d’Arezzo, ayant vécu de 992 à 1050 après J.C, décida de créer l’hexacorde musical: suite de six notes, qu’il nomma Ut – Re – Mi – Fa – Sol – La, en s’inspirant des paroles de l’hymne grégorien Ut Queant Laxis (ci-dessous).

Image tirée de choraldirectormag.com

Remarquez qu’avec le temps, le mot ut s’est transformé en do. Remarquez également qu’on trouve déjà la trace du si, ici noté SJ.

Comment appliquer la solmisation?

La solmisation est un système de nomenclature des notes. En suivant l’héxacorde de Guido d’Arezzo, nous constatons qu’entre le mi et le fa, un demi-ton est présent.

  • Ut – Re – Mi – Fa – Sol – La en tons et demi-tons: Ut – 1 – 1 – 0,5 – 1 – 1
Exemple d’application de la solmisation de Guido d’Arezzo

Remarquez que dans les deux cas, les notes ont les mêmes noms. Pourtant, elles ne sont pas à la même hauteur! On vient en effet d’appliquer la solmisation, puisque malgré le changement de hauteur des notes, la suite d’intervalles est respectée.

Ce système permet de favoriser grandement l’apprentissage musical, puisqu’une mélodie inconnue peut être déplacée à différentes hauteurs en gardant le même nom de notes.

Note: encore aujourd’hui, la solmisation est enseignée dans certaines écoles de musique, par exemple en Suisse romande avec la méthode « Kodàly ».

Les troubadours

Qu’est-ce qu’un troubadour?

Les troubadours étaient des musiciens/poètes du Moyen-Âge. Apparus en Occitanie à la fin du XIème siècle, ils font partie de l’aristocratie médiévale (personnage venant des cours), et chantent des thèmes profanes.

Comment était la musique des troubadours?

Les musiques des troubadours étaient profanes, et leurs textes étaient toujours en langue vernaculaire, à l’inverse du latin, utilisé pour les musiques sacrées. Les textes avaient plusieurs thèmes de référence, tels que l’amour courtois, la vie des chevaliers, ou encore des thèmes moraux ou comiques.

Con vei la lauzeta mover de Bernard de Ventadour – XIIème siècle

Cliquer ici pour écouter Con vei la lauzeta mover

Bien que cette partition en exemple soit remarquablement claire, toutes nos sources ne le sont pas. En effet, encore aujourd’hui, nous avons de grandes difficultés à reconstituer la musique des troubadours.

Nous n’avons que très peu de sources, majoritairement textuelles, sans notation de la mélodie ou de rythme. Nous ne savons également pas si ces musiques étaient a cappella ou accompagnées par un instrument (et si oui, par quel(s) instrument(s)).

Qui était le premier troubadour?

Selon le peu de sources dont nous disposons, il s’agit du duc Guilhèm IX d’Aquitaine, ayant vécu de 1071 à 1127.

Son morceau le plus connu étant « Farai un vers de dreyt nien », où on constate une influence probable de la poésie médiévale arabe, venue de l’Espagne musulmane de l’époque.

Cliquer ici pour écouter l’oeuvre de Guilhèm IX d’Aquitaine

Polyphonie, Ecole de Notre-Dame et Modes rythmiques

Q’est-ce que la polyphonie ?

A l’inverse de la monodie, la polyphonie représente le fait d’avoir plusieurs voix en même temps, d’une beauté égale, avec des mélodies différentes. Le genre musical qui l’a nettement mis en avant est l’organum de l’Ecole de Notre-Dame de Paris (explications ci-dessous).

Quand est-ce que la polyphonie est apparue?

La première trace écrite de musique polyphonique dont on dispose aujourd’hui date de la fin du IXème siècle. En effet, elle est mentionée dans le traité Musica enchiriadis. Malgré qu’on suppose que la polyphonie était déjà pratiquée auparavent, nous n’avons pas de preuves.

Remarque: initialement, la polyphonie est née par la création d’une deuxième voix, doublant la mélodie grégorienne de base. Ce doublement était fait à l’octave, puis la quinte ou la quarte. Ensuite, les broderies sont arrivées (ajouts de notes secondaires pour embellir les notes principales).

Cliquer ici pour écouter les premières traces de polyphonie

Qu’est-ce que l’Ecole de Notre-Dame de Paris?

Une période historique (de 1170 – 1250 environ) où de grands avancements musicaux ont eu lieu dans la fameuse cathédrale: l’organum, et la notation rythmique.

L’organum duplum, genre musical de l’époque, a été employé par Léonin. Il s’agit d’un genre où deux voix ont chacune une mélodie différente (polyphonie), de beauté égale.

La voix grave, le tenor, chante le cantus firmus, c’est-à-dire un chant fixe, grégorien. La voix aigüe, appelée discantus, gagne en liberté: elle fait des mélismes, procédé musical où une seule syllabe d’un mot subit une longue mélodie.

Cliquer ici pour écouter un organum duplum

L’organum triplum et l’organum quadruplum, sont l’évolution de l’organum duplum. Ils ont été employés par le compositeur Pérotin, élève de Léonin. Pérotin a développé l’ajout d’une troisième et quatrième voix.

Cliquer ici pour écouter un organum quadruplum

La musique se complexifiant, il a fallu créer un système de notation rythmique. C’est ainsi que sont nés les modes rythmiques.

Remarque: on parle de clausule lorsque le tenor fait lui-même un méllisme au lieu de tenir des notes longues. Ainsi, une accélération harmonique est provoquée.

Que sont les modes rythmiques?

Il s’agit d’un système basé sur la répétition d’une cellule rythmique. Ils ont été mis en place par les chantres de la cathédrale de Notre-Dame de Paris.

Dans l’image ci-dessous, vous trouverez les six modes rythmiques existants. En regardant l’enchaînement visuel des notes (partie de gauche), on déduit le rythme correspondant de la mélodie (partie de droite, avec valeurs rythmiques actuelles).

Image tirée de MICHELS, Ulrich, Guide illustré de la musique, Paris, Fayard, 1988 (1977).

Remarque: la durée des notes était déterminée par ces modes jusqu’en 1280 environ, où la forme de la note elle même impliquera sa durée dans le temps (explications dans deux chapitres).

En exemple ci-dessous, la pièce Alleluia Nativitas de Pérotin, qui est basée sur le troisième mode rythmique.

Alleluia Nativitas de Pérotin

Ars antiqua et Ars nova

Qu’est-ce que l’Ars antiqua?

L’Ars antiqua est une période de l’histoire (de 1250 à 1320) qui a suivi l’Ecole de Notre-Dame de Paris. Deux nouveaux genres musicaux sont apparus, cependant leurs compositeurs sont souvent anonymes. Il s’agit du conduit et du motet.

Le conduit est un genre musical où les paroles sont complètement inventées par le compositeur, et non plus basées un texte sacré. Généralement à deux ou trois voix.

Cliquer ici pour écouter un exemple de conduit

Le motet est rapidement devenu le genre principal de l’Ars antiqua. Généralement à trois voix (existe à 2 et à 4 voix également), ce genre comporte une particularité étonnante: il y a plusieurs langues en même temps. En effet, la voix de tenor chantera des méllismes en latin, alors que la(les) voix supérieure(s) chanteront la plupart du temps en français.

Remarque: les textes en langues différentes ont souvent un lien éloigné, symbolique, recherché, difficilement remarquable au premier abord.

Cliquer ici pour écouter un exemple de motet

Qu’est-ce que l’Ars nova?

L’Ars nova est une période historique (de 1320 à 1380) succédant à l’Ars antiqua.

Il s’agit d’une époque particulièrement importante car de grands perfectionnements de la notation rythmique ont eu lieu. La forme visuelle de la note définit sa durée dans le temps, à l’inverse des modes rythmiques de l’Ecole de Notre-Dame.

Valeurs rythmiques à l’Ars nova

Remarque: la semi-brève correspond à la ronde, la minime à la blanche, la semi-minime à la noire.

Attention! Aujourd’hui, nous avons adopté le système de division par deux: une ronde est divisée par deux blanches, qui sont divisées par deux noires. A l’Ars nova, ce n’était cependant pas idéal.

Temps parfait? Prolation mineure, majeure?

Les différents temps et prolations
  • Lorsqu’une brève est divisée par trois semi-brèves, on effectue une division par trois. On l’appelle le temps parfait.
  • Lorsqu’une brève est divisée par deux semi-brèves, on effectue une division par deux. On l’appelle donc temps imparfait.
  • Lorsqu’on divise ces semi-brèves par trois blanches chacunes, on parle de prolation majeure.
  • A l’inverse, lorsqu’on divise ces semi-brèves par deux blanches chacunes, on parle de prolation mineure.

Quels étaient les genres de l’Ars nova?

Comme mentionné dans les chapitres précédents, le motet est le genre principal de l’Ars antiqua, mais aussi de l’Ars nova. La chanson et la messe font leur apparition, alors que l’organum et le conduit disparaissent.

Voyons donc les caractéristiques du motet de l’Ars nova.

  • Comme à l’Ars antiqua, il y a toujours plusieurs textes en même temps, parfois en langues différentes (français-latin).
  • Sauf exception, le motet est toujours profane.
  • Le texte du tenor est basé sur une clausule grégorienne, qu’on appelle la color
  • On parle de motet isorythmique si la color est structurée par une répétition d’une cellule rythmique (procédé semblable au modes rythmiques; on appelle cette cellule rythmique talea)

Ces complexifications rythmiques impliquent une grande difficulté à la compréhension générale du morceau, ainsi que des textes.

Cliquer ici pour écouter un motet isorythmique

Parlons maintenant de la chanson de l’Ars nova.

  • Originaire des chansons de troubadours, la chanson devient pour la première fois polyphonique
  • Toujours profane, elle est chantée en langue vernaculaire
  • Le texte est directement lié à la musique: la forme de la poésie implique celle de la musique (on notera les sous-genres virelai, rondeau, ballade).
  • Nettement plus simple rythmiquement que le motet, on cherche en effet à une simplification d’écriture.

Remarque: la simplicité de la chanson par rapport au motet est dûe également aux origines mêmes de ces deux genres: les troubadours et l’église respectivement.

Cliquer ici pour écouter une chanson, en forme de ballade

Finalement, la messe de l’Ars nova.

Pour comprendre ce qu’est la messe (en tant que genre musical), il est nécessaire de comprendre les pratiques religieuses de l’époque. Durant les messes, on distinguait deux parties distinctes: l’ordinaire et le propre de la messe.

Le propre de la messe catégorise les textes uniques à chaque messe, alors que l’ordinaire catégorise les textes communs à toutes les messes. On y trouve le Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus/Benedictus, Agnus Dei.

Rappelez-vous qu’initialement, aucun texte n’était parlé, mais chanté. Les messes duraient donc plusieurs heures. Peu à peu, la musique n’a été créée que pour l’ordinaire de la messe, car cela coûtait moins cher à l’Eglise (les textes ne changeant pas de messe en messe, un seul morceau pouvait être utlisé des milliers de fois!).

Et c’est ainsi qu’est né le genre musical, la messe. Véritable mise en musique de l’ordinaire, bien entendu polyphonique, à 4 voix.

Remarque: le propre de la messe est resté chanté monodiquement jusqu’au XVIIIème siècle.

Cliquer ici pour écouter la messe de Notre-Dame

Quels étaient les compositeurs de l’Ars nova?

  • Philippe de Vitry (1291-1361)
  • Guillaume de Machaut (environ 1300-1377)

Ces deux compositeurs, que vous avez pu écouter grâce aux liens dans les chapitres précédents, sont connus non par leur musique, mais par leur activité professionnelle. En effet, Philippe de Vitry était un abbé (clergé) et Guillaume de Machaut était un homme littéraire.

Ce dernier était le plus grand poète et écrivain français du XIVème siècle. Né dans le nord de la France, il a pu profiter d’être nommé chanoine dans la ville de Reims. Non obligé d’accomplir ses devoirs écclésiastiques, il peut se vouer à l’art.

Guillaume de Machaut est un personnage très important dans l’histoire de la musique puisqu’il a amené la polyphonie dans la chanson profane. Ceci est dû au fait qu’il côtayait des personnes de l’Eglise, où la polyphonie était déjà bien présente.

Remarque: Guillaume de Machaut a beaucoup voyagé en toute l’Europe, en étant au service du roi de bohème Jean I de Luxembourg.

Trecento

Comment était la musique italienne du Moyen-Âge? Qu’est-ce que le Trecento?

Au même moment que l’Ars nova en France, il y avait le Trecento en Italie. Le trecento est la dénomination italienne pour définir le XIV siècle (1301-1400). Il s’agit d’une époque où de nombreux personnages importants ont vécu, tels que Dante et Pétrarque.

La polyphonie était elle aussi bien présente dans la musique italienne, venant probablement de l’université de Bologne, inspirée par la France voisine. Cependant, un seul genre chanté était présent: la chanson profane.

Le compositeur le plus connu du Trecento est Franceso Landini (qui était aveugle!).

Cliquer ici pour écouter une ballata de Francesco Landini

Qu’est-ce que la chanson profane du Trecento?

Genre musical italien chanté en langue vernaculaire, la chanson profane a plusieurs sous-genres: le madrigal, la caccia, et la ballata.

Comme la chanson française de l’Ars nova, la structure du texte implique directement celle de la musique. Cependant, on y constate une écriture rythmique plus simple.

Bien que distinguer à oreille un madrigal d’une ballata soit difficile, on remarque clairement la caccia. Elle contient en effet la technique du canon, procédé de répétition mélodique entre les voix à instants différents.

Cliquer ici pour écouter un madrigal du Trecento

Cliquer ici pour écouter une caccia du Trecento

Est-ce que la musique instrumentale médiévale existait en Italie?

Oui, très certainement, il s’agit en effet d’un sujet très représenté sur les peintures et les représentations de l’époque. Cependant, très peu de partitions ont été conservées. Ainsi, il est difficile de reconstituer la nature musicale du Trecento. On soupçonne cependant qu’elle était surtout monodique, éventuellement accompagnée par un bourdon (note tenue, généralement par un instrument, tout au long du morceau).

Remarque: la musique instrumentale existait également dans d’autres pays, cependant les plus anciens manuscrits qu’on a retrouvé viennent d’Italie.

Le manuscrit italien Codex Faenza (XVème siècle) cite que des transcriptions de musiques vocales étaient présentes. Ces dernières avaient pour la plupart deux voix: le tenor du morceau original était présent, alors que des ornements étaient effectués aux voix supérieures. Ornements probablement joués par un instrument à clavier.

Le manuscrit de Londres (fin XIVème, début XVème) cite des musiques de danse, notamment le saltarello et le trotto.

Ars subtilior

Qu’est-ce que l’Ars subtilior?

L’Ars subtilior est la dernière période musicale du Moyen-Âge. Elle symbolise la musique polyphonique européenne entre 1380 et 1420.

Les musiques de cette période de l’histoire étaient très complexes rythmiquement, contenant des proportions rythmiques irrégulières. Autre particularité, les manuscrits étaient particulièrement difficiles à lire. Il s’agissait réellement d’une musique composée plus finement, subtilement.

Remarque: le rapport symbolique entre les voix, les titres des pièces et la solmisation sont tous des éléments qui rajoutent de la subtilité et de la finesse à cette époque de l’histoire musicale.

Partition datant de l’Ars subtilior

Cliquer ici pour écouter un motet de l’Ars subtilior

Cliquer ici pour écouter un canon de l’Ars subtilior

Cliquer ici pour écouter un rondeau de l’Ars subtilior

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